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09.06.2008

De mal en pis - 4

Paul Arrieu, Casting d'enfer


 

4 - De mal en pis



Séance plénière
Le lendemain matin, ou, pour mieux dire, quelques heures plus tard, Lola et Bambou ne peuvent se résoudre à se séparer . Ils décident de se rendre au camp pour y prendre leur petit déjeuner. Ils y retrouvent leurs compagnons réunis sous l’auvent de toile qui agrandit le mobile home . Comme ils se présentent en se donnant la main, quelques lazzis les accueillent, pour souligner leur bonne entente et supputer le bon temps qu’ils n’auront pas manqué de se donner .  Toni et Riton rient grassement . Plus fine mouche, Simone les appelle “les amoureux” en leur servant le café . De fait, les arrivants laissent dire en souriant, sans éprouver la moindre gêne,  alors que les trois autres ne semblent guère désireux de rendre compte de leurs activités de la nuit . Toni peut-être céderait à la tentation de se glorifier de ses exploits sexuels, mais Lola , si épanouie un instant plus tôt, ne lui en laisse pas le temps. Elle l’attaque la larme à l’œil .
- Il faut maintenant que tu me rendes la mallette, lui dit-elle . Je suis trop en danger...
Elle donne ses raisons .
Discussion . Riton appuie son pote qui déclare que le montant de l’amende n’a pas été fixé .  Jules  est un vioc vicelard . On pourrait lui piquer mille, deux mille... entre deux et dix mille euros . Son argent, c’est de l’argent sale, d’accord, mais les garçons n’ont pas peur qu’il leur salisse les doigts .  Simone rappelle qu’il faut être juste, qu’il a retenu et payé le prix de leur place au camping . La mieux logée, Lola, ajoute qu’il a tenu parole en les recommandant au responsable du casting . Bamboula est d’avis qu’il doit quand même morfler un max, le salopard, et il souhaite surtout qu’on n’entende plus jamais parler de lui .
- Quoi qu’il en soit, y m’faut la mallette, Toni, répète Lola .
- Au fait, où est-elle au juste... commence Riton .
- Toi , mec, t’as intérêt à le prendre sur un autre ton, s’emporte Toni, à t’entendre on croirait que je veux la griffer perso !...
- Comprends ce que tu veux, mec, tu ne m’empêcheras pas de dire ce que j’ai envie de dire...
- Moi, intervient Simone, j’ai toujours pensé qu’une somme pareille, on aurait dû la déposer à la banque ...
Le jeune Bambou s’efforce d’apaiser les esprits . Pour lui, la vie est belle, le temps superbe, il serait temps de penser à rejoindre les figurants,  sinon Gabriel aura distribué les meilleurs rôles quand il se pointeront.
Simone surtout devrait se hâter, Fruteau étant fort capable de commencer la journée par une répétition de la montée des marches . Mais la coiffeuse se dit lasse des caprices d’Angèle... Le cinéma,  les paillettes, les décors, les cancans, les propos futiles, les faux semblants, elle en a assez, elle est déçue, elle est sur le point de renoncer à sa charge, elle regrette d’être venue ...
ça alors !... Mais qu’est-ce qu’elle a ?
En ce moment retentit une sonnerie...

La sonnerie du tocsin
C’est la sonnerie du portable de Lola .
- Oui... répond Lola . (Avec un brin d’agacement.) Dans ma chambre, non... Oui, Jules, oui, au camping... Avec Simone et les autres... (Mutine.) Le temps est beau, si tu voyais la mer, le ciel... (Inquiète.) Pourquoi tu dis que je vais pas rigoler longtemps ? (Les yeux écarquillés.) Lui, mort !... Poignardé! Non?... (La gorge de plus en plus serrée.) A l’hôtel Canberra... A deux pas de mon hôtel... C’est pas possible!... (Affolée.)  Comment ça mes cliques et mes claques?... Quoi l’enquête?... Tu parles trop vite, Jules, laisse-moi le temps de récupérer, je te rappelle,  tchao .

Ils sont tous les cinq assis autour d’une table.
SIMONE - Qui est mort ?
LOLA - Durimel .
RITON - Quel Durimel ?
LOLA, avec agacement. - Monsieur le député-maire Thomas Durimel-Durand .
TONI - Le semeur de merde, bon débarras.
RITON - Dis pas ça, mec . Les flics pourraient t’entendre...
TONI - Et alors ? Je vais m’gêner ! Tu veux m’en empêcher?
RITON - Réfléchis . L’enquête va repartir...
TONI - T’as des réflexes de gendarme, Riton.
SIMONE - Riton a raison...
LOLA - Jules dit la même chose, que l’enquête va changer de face, de tournure, d’allure ... Je sais plus tout ce qu’y m’a balancé, c’est affreux .
BAMBOULA - Moi je trouve ça très bien qu’y soit crevé,  un sale cochon pareil ...
SIMONE, l’air pincé. - On peut dire la même chose avec d’autres mots,  Bambou...
BAMBOULA, posant sa main sur celle de Lola. - Non, je maintiens ...
LOLA - Vous savez pas le pire...
RITON,  rigolard. - Y grille déjà en enfer, non ?
LOLA - Durimel est ici...  Il est venu se faire assassiner à Cannes... A l’hôtel Canberra... A deux pas de chez moi..
TONI - Quand ça ? A quelle heure ?
LOLA - Hier soir, ou dans la nuit . La police de Cannes a été prévenue vers minuit . Elle a pris contact avec la criminelle de Paris . Et c’est cette police de Paris qui a demandé à celle de Cannes de se rendre chez Jules...
RITON - C’est peut-être lui l’assassin ...
BAMBOULA - Sûr que c’est lui, je l’ai vu sortir de chez Lola... Un sagouin a trucidé un autre sagouin... Je peux en témoigner...
TONI - Sois plus cool, môme...  Faut voir venir...
LOLA - Jules m’a dit de prendre mes cliques et mes claques et de sauter dans le premier TGV pour Paris... Vu que, si par malheur on se faisait piquer avec une mallette  pareille à celle que la police de Paris a trouvée chez Durimel, on y aurait droit...
RITON - A quoi ?
LOLA - A la prison,  je  sais  pas,  y  parlait  trop vite, Jules, y m’a dit aussi que, pour un meurtre, la Criminelle allait s’en donner la peine et qu’elle avait peut-être déjà mon portrait robot.
SIMONE - Qu’est-ce que tu comptes faire ?
LOLA - Je sais pas... Je ferai ce qu’il dit . Autrement, rue Meynadier, où est mon hôtel,  et dans les rues avoisinantes, autour de l’hôtel Canberra, je risque à tout moment de me faire cueillir...
BAMBOULA - Tu peux te planquer ici, tantôt dans la tente, tantôt dans le mobile home, ni vue ni connue...
LOLA - Non, j’aime mieux partir . Et vous, vous comptez rester ?
TONI - Pourquoi non ? La mallette est mieux là où elle est qu’avec nous dans le train, et aussi, on a promis à M. Gabriel de continuer à l’épauler quand il aura besoin de Chloé et de Clarisse,  pas vrai Riton ?
RITON - C’est vrai, mec, c’est vrai ...
TONI, rigolard . -  Il a besoin de nous sur terre, dans la mer, et partout... douche comprise !
SIMONE, sévère . - Moi j’accompagne Lola . Je pars.
BAMBOULA - Je pars aussi .
TONI - N’oublie pas que je suis responsable de toi, mon p’tit Caoua . Tu pars, si j’veux . Et ça serait dommage parce que j’ai l’intention de te présenter à Clarisse et à Chloé...
En ce moment, une fourgonnette de la police se présente à la porte du camping . Le gardien indique au conducteur le mobile home des jeunes gens.
Le portable de Lola sonne . Jules lui annonce  une visite des poulagas, il veut la mettre en garde...
- Y sont là, fait Lola .

Le Titan

Le commissaire Henri Cloutan, dit le Titan, est l’un  des plus célèbres policiers du Quai des Orfèvres. Il ne prend en charge que des affaires d’importance, et celle-ci en est une, puisqu’il s’agit du meurtre d’un représentant du peuple, maire d’une grosse commune de la banlieue de Paris .
A peine arrivé au commissariat de Cannes, après avoir pris rapidement connaissance des premiers éléments du dossier, il souhaite interroger les cinq jeunes festivaliers du camping dont la police locale a contrôlé les identités.
Il les reçoit tous en même temps dans la pièce qui a été mise à sa disposition .
- Simple routine, leur dit-il, je vais vous demander où vous étiez et ce que vous faisiez hier soir à  l‘heure du crime .
Le plus éloquent de l’équipe, c’est Riton.
- M. le Commissaire, dit-il, d’abord nous protestons pour avoir été appréhendés...
Le Titan, parcourant d’un œil la fiche de la police locale concernant Riton, l’interrompt.
- Le terme “appréhendés” ne convient pas, on appréhende un malfaiteur, attention à votre vocabulaire monsieur le futur gendarme .
- Vous dites “l’heure du crime”, reprend Riton sans se laisser démonter, mais cette heure, on ne la connaît pas ...
- Moi non plus, l’autopsie n’est pas terminée . C’est pourquoi vous me donnerez vos emplois du temps de vingt heures hier soir à... disons, huit heures ce matin. Qui commence ?
- Moi,  s’écrie Bamboula,  j’étais avec Lola,  je le jure, et elle peut le confirmer, j’étais chez elle et avec elle,  jusqu’à huit heures ce matin .
Lola approuve de quelques hochements de tête.
Mais ces réponses ne peuvent satisfaire l’enquêteur . Ce qui importe pour lui c’est l’heure à laquelle le garçon est  monté chez Lola .
- Je sais plus, fait le môme, j’ai traîné un moment dans la rue...
- Pourquoi ?
- J’hésitais à monter... Elle m’intimide, Lola .
- Vous attendiez la sortie de quelqu’un .
- Non.
Alors le Titan fait mine de se fâcher . Il accuse Bamboula de vouloir protéger l’amant en titre de Lola, le sieur Jules, en essayant de cacher qu’il se trouvait dans le quartier de l’hôtel Canberra à l’heure du crime .
- Moi, couvrir ce sagouin, s’exclame le garçon, jamais ! Au contraire, je crois que c’est lui l’assassin ...
Riton l’interrompt .
- En vérité, dit-il, nous ne savons rien de ce crime, M. le commissaire, nous ne savions même pas qu’il avait eu lieu quand les policiers nous ont interpellés, c’est eux qui nous en ont parlé, et nous ne savons toujours pas pourquoi nous sommes là .
Le Titan accepte de mettre les points sur les i . Le sieur Jules et la victime étaient impliqués dans une grave affaire d’abus de biens sociaux et d’extorsion de fonds . Après le crime, quand le commissaire est intervenu dans l’enquête, il a demandé à Jules de lui fournir un alibi . Jules lui a affirmé qu’à l’heure supposée du crime, il était  chez  son amie Lola . Et, interrogé sur Lola, il a déclaré qu’elle faisait partie d’une fine équipe de jeunes qu’il avait invités à Cannes pour le festival .
- Il prétend qu’il a quitté Mademoiselle Lola à vingt-trois heures, qu’en pensez-vous ? demande-t-il à Bamboula .
- Ouais, c’est à peu près ça .
Lola confirme .
- Ce qui fait que nous deux, ont a un alibi !   triomphe le garçon .
- Autre chose, reprend le commissaire, s’adressant à Lola , pourquoi vous appelle-t-on la “Putain de Monaco”,  mademoiselle ?
- J’en sais rien, c’est une invention des journalistes, ça ! Ils ont dû mal interpréter les ragots qu’on a faits sur moi   J’y suis même jamais allée à Monaco !
- Je vois, fait le commissaire . Ce que vous avez dit a été mal compris par ceux qui écoutaient aux portes...
- Ben oui, sans doute...
- Vous n’êtes jamais allée à Monaco, mais en revanche, vous êtes bien allée à Reuilly, à la mairie,  pour  remettre à M. Durimel une mallette...
Désarmée parce qu’elle s’est laissée piéger, Lola éclate en sanglots .
- Pourquoi vous vous acharnez sur moi ?... marmonne-t-elle
Le Titan fait la moue . Puis s’en prend aux autres . Que faisaient Toni et de Riton, après le bain de minuit ? Ils étaient au Martinez... Tiens,tiens... La Société des réalisateurs de films (la SRF) s’y est réunie pour remettre le Carrosse d’or à l’un de ses pairs .  Qui a été le lauréat ? Qui les a vu Toni et Riton pour témoigner de leur présence à cette cérémonie ?
Et Simone ? M. Gabriel l’a reconduite au camp . A quelle heure ? Combien de mobile homes étaient encore allumés ? Un cabriolet Porsche rouge, cela se remarque dans un camp . Ont-ils croisé quelqu’un qui l’aurait remarqué ?
Les jeunes gens mâchonnent leurs réponses .
Leur réticence indispose le commissaire qui décide pour finir de les mettre tous les cinq en garde à vue.
Il les confie a ses adjoints .


Riton, Simone et ces Messieurs

Deux officiers de police accueillent pour commen-cer le gentil  couple que forment  Simone et Riton .
- Entre collègues, dit l’un en parcourant la fiche de Riton, on va pas faire de manières, on va s’présenter, moi c’est Paul , dit Popaul.
- Moi c’est Georges, dit Jo, fait l’autre .
Vus sous un certain angle, les deux hommes se ressemblent . Non qu’ils aient les mêmes traits de physionomie -ceux de Gorges sont lisses comme du saindoux, ceux de Paul taillés à la serpe- mais ils possédent tous les deux le même regard bovin, et des mentons larges et empâtés. Leurs silhouettes surtout sont semblables : Popaul autant que Jo a le torse épais, le cou puissant, des poignets gros comme les bras de Riton. Ces messieurs semblent déguisés dans leurs complets de citadins. A leurs gorges sanguines, les nœuds de cravates s’auréolent de suint. En entrant dans la police, ils ont trahi la corporation  des  déménageurs  de  pianos,  ou  celle des tueurs en abattoir, ou telle autre remarquable par la santé physique et la sérénité profonde de ses membres.
- Alors comme ça, reprend Popaul s’adressant à Riton, tu vas être gendarme.
- C’est sympa, mec, de me tutoyer, repartit Riton, si t’avais pas commencé, j’aurais pas osé...
- C’est à dire que... hésite Jo, nous on est tes aînés...
Riton lui coupe la parole .
- T’as raison, mec, faut pas tenir compte de ces détails . Moi gendarme, vous deux de “la crime”, on se tutoie, d’accord, on va  pas commencer par la guerre des polices ...
Du plat de la main, Paul frappe la table. Très fort. Pour bien faire comprendre qu’il n’est pas un tendre.                                                          
Et le doigt pointé vers Simone, il demande :
- La guerre des polices, assez de bavardage, qu’est-ce que t’as fait, toi, la nuit dernière ?
- En tant que future épouse d’un gendarme, oui, je suis d’accord moi aussi pour le tutoiement...
- C’est pas ma question !

- En vérité, Paul, intervient Riton, ce Durimel qui s’est fait trucider, c’était un salopard . T’as lu  les journaux, t’as compté le nombre de pauvres gens qu’il a dépossédés de leurs biens pour magouiller dans l’immobilier et s’enrichir ?...
Pour soutenir son collègue, pour ne pas qu’on l’oublie, Georges donne un coup de poing à la table . Avant qu’il dise une ânerie, Simone le devance :
- T’as raison, Jo, moi aussi ça me met en colère quand j’y pense . Même sans parler d’arnac, un député-maire, y cumule les fonctions,  mais y cumule aussi les payes . Combien de soldes de flics ça représente ? Qu’est-ce que t’en penses, alors que tu gagnes guère plus que le SMIC ? Alors que t’as peut-être toutes les peines du monde pour payer ton loyer ?
Popaul et Jo sont assis côte à côte, coude à coude, poings serrés sur la table pour mieux se contenir .
Soudain,  Paul tend l’index vers Riton et lui dit :
- On ne te lâchera pas tant qu’on ne saura pas où tu étais cette nuit .
- Je vais te faire un aveu, déclare Riton, pince sans rire, je suis un tueur à gages, à la solde du sieur Jules... C’est moi qui dégomme tous ses clients récalcitrants .
- N’empêche que toi, lance Georges à Simone, t’as peut-être un bon alibi mais tu veux pas le donner, parce que, en tant que future épouse d’un gendarme, tu n’oses pas reconnaître qu’avant même de l’épouser tu lui as fait porter une belle paire de cornes...
- Arrête Jo, fait Simone, tu viens d’établir que j’ai un alibi ? D’accord, je signe .
- Quant à toi, reprend Paul à l’adresse de Riton, tu essaies de nous cacher qu’avec ton acolyte Toni tu partouzais quelque part...  avec des filles...
- Bravo, t’as mis dans l’mille, Popaul, réplique Riton . Ouais, on a joué tout le Kama-sutra, mais entre deux séquences, pour varier les plaisirs, je suis allé zigouiller ton député-maire...
Sans avoir à se concerter, Georges et Paul, en-semble, d’un même élan, frappent du poing la table .
- On a assez déconné, dit l’un .
- Plus d’embrouilles, dit l’autre.
Et d’ajouter, tous les deux à la fois :
- Un peu de respect.
- Fini le tutoiement.
- Plus de guerre des polices .
- Plus de SMIC...
- C’est nous qu’on parle
- C’est nous qu’on conduit l’interrogatoire.
Un nouveau martèlement de la table laisse entendre qu’ils auraient encore beaucoup à dire .
S’ils étaient meilleurs observateurs, ils noteraient  que ceux qu’ils interrogent échangent des regards dénués d’aménité . Qu’as-tu fait de ta nuit? Et toi? N’as-tu pas honte de ton infidélité? J’ai envie de te griffer . J’ai envie de te mordre .
S’ils étaient plus malins, Jo et Popaul les feraient craquer, ces fragiles suspects .
Mais ils sont trop relous .
- On a tout notre temps, on va vous laisser mariner, on reprendra plus tard, concluent-ils .

Aux suivants

Ce sont évidemment Toni, Lola et Bamboula .
Ceux-là, y vont s’les faire, Popaul et Jo . Y vont quand même pas se laisser marcher sur les pieds par des voyous de banlieue, non ! Pour commencer, Bamboula est tout indiqué .
- Toi, le négro, fait Jo en lisant une fiche, je vois que tu déclares avoir perdu ta carte d’identité ...
- Es-tu bien sûr d’être majeur ? enchaîne Paul .
Tête basse, le môme serre ses mains jointes entre ses genoux .
- Je m’excuse de vous expliquer,  intervient Toni, mon Titi négro aura bientôt seize ans et il est sous ma responsabilité . Il a un peu menti au départ de cette affaire, ayant manqué l’école, mais mainte-nant qu’il s’agit d’un crime...
- Toi ta gueule, laisse parler le négro... dit Jo.
- Je m’excuse de vous réprimander, lui répond Toni, mais y a que moi qui ait le droit de l’appeler mon Titi négro... ou... mon Caoua, parce qu’il est mon frelot . Autrement, c’est du racisme.
- Hein ? Moi du racisme ! s’écrie Jo en se levant pour saisir sur la table un gros annuaire .
- Vas-y, mec, lance Toni, provocant, mais méfie-toi, j’ai le crâne dur et le poing pas feignant.
Paul, une main sur l’épaule de Jo, le fait se rasseoir, puis lui parle à l’oreille en lui tendant  une fiche.
- Je vois, dit Jo à Toni, que tu te déclares artiste.
- Ouais, je chante ...
- Ouais-ouais, poursuit Jo, avec une guitare, dans les couloirs du métro... Mon collègue habite pas loin du métro Châtelet, y vient de te reconnaître. Autrement dit, t’as guère plus de vingt ans , et t’es déjà un parasite, un mendigot .
- Je chante du Brassens, par exemple... dit Toni.
Il fredonne : “Quand on est con, on est con...”
Soucieux de ne pas brusquer les choses, Paul désigne Lola du doigt et lui lance :
- Passons à toi . Où étais-tu cette nuit ?
- Chez moi, au Meynadier, dans ma chambre.
- A faire la pute . Hein, à faire la pute ?
Soudain, Bamboula se lève, prend appui des deux mains au bord de la table, et, le buste penché en avant, en direction des policiers, il crie :
- Vous avez pas le droit de dire des choses pareilles, vous avez pas le droit !
Il écope d’une superbe torgnole bien envoyée par Jo et retombe assis sur sa chaise .
Paul, une fiche à la main, poursuit :
- Je lis... Tu m’écoutes, toi, le macaque... Je lis : profession vendeuse, c’est là, tapé à la machine, et dessous, écrit à la main , ajouté de la main même du patron  : Putain de Monaco .
- On s’est déjà expliqué là-dessus, gémit  Lola .
- Messieurs, messieurs, pleurniche Bamboula, demandez à Toni si elle est ce que vous dites, Toni la connaît mieux personne !...
- Mieux que personne, fait Jo, ça veut dire qu’il la tringle aussi. ? De même que le sieur Jules. Mes félicitations pour votre tempérament mademoiselle Lola . Et le député-maire, qui sait ? Il avait peut-être sa place dans le manège...
- Vous ramenez tout à des histoires de cul, gronde Toni, alors que vous y entravez rien, rien de rien, parce que, c’est bien connu, vous  êtes que des enculés .
Georges bondit et se saisit de l’annuaire, mais Paul le fait se rasseoir  et en revient à sa fiche .
- Je continue ma lecture, dit  Paul : Putain de Monaco, porteuse de la mallette . Hein ? Qu’est-ce que vous en pensez ? De la main même du patron . Là, on  n’parle  plus  de cul, mais ça reste intéressant.
Georges ne peut pas laisser son collègue le devancer plus longtemps.
- Durimel a été assassiné vers vingt-trois heures, dit-il. A cette heure-là, ledit Jules a cédé sa  place  audit  Bamboula   auprès  de  ladite  Lola . Résultat des courses : Jules a pu rectifier le notable après avoir quitté sa belle, Bamboula a pu le faire avant de la rejoindre, quant à elle, elle a pu être complice soit de l’un soit de l’autre .
Du coup, Toni triomphe :
- Moi, étant hors jeu, s’écrie-t-il, je demande à être relâché tout de suite .
- Toi, réplique Jo, t’es le plus mouillé de tous, n’ayant pas même un semblant de faux alibi . Qu’il s’agisse d’une affaire de cul ou de fric, avec tes faux airs de cador, t‘as rien à en foutre, ou tu signes un contrat ou c’est toi qui l’ saigne, le pauv’ Durimel .
Toni se lève, poings serrés .
- ça tient pas debout, s’exclame-t-il, c’est du n’importe quoi, de la bouillie pour le chat !...
- Holà-oh ! fait Paul, assieds-toi . On se calme . On va tout reprendre à zéro pour y voir plus clair .

Et c’est le tour à Pépère

LE TITAN - Vous allez comprendre pourquoi je vous ai fait venir, monsieur Jules . Nous allons tranquillement faire le point . Voilà... M. le député-maire Thomas Durimel-Durand a été mis en examen, il y a plusieurs jours déjà . Il n’était donc pas autorisé à quitter les Hauts-de-Seine . Il n’en débarque pas moins hier, à l’hôtel Canberra de Cannes, vers quinze heures . Il déjeune dans sa chambre, fait savoir qu’il attend des visites et annonce qu’il commandera un repas froid assez tard dans la soirée . Dans le courant de l’après-midi, il se fait monter des cigares et précise qu’il dînera vers onze heures . Qu’en pensez-vous ?
JULES - Euh... rien, M. le commissaire . Moi, je l’ai quitté vers vingt-deux heures, c’est tout ce que je peux dire .
LE TITAN - Il a reçu trois visiteurs . Le premier vers dix-sept heures. Un homme correctement vêtu, de taille moyenne, plutôt maigre, avec des joues creuses, un nez mince, fortement aquilin, et des yeux étonnamment brillants, cela vous dit quelque chose, M. Jules ?
JULES - Non, rien, je ne connais pas cet homme .
LE TITAN - Le second visiteur est venu beaucoup plus tard, vers vingt heures . C’est un homme d’une quarantaine d’années, remarquable par le gonflement de sa belle chevelure frisée, et par sa chemise à fleurs... vous connaissez ?
JULES - Nullement .
LE TITAN - Ce monsieur portant beau se nomme Henry de Frossard, vous ne le connaissez pas ?
JULES - Pas du tout .
LE TITAN - C’est un fondé de pouvoir de la banque Balsthal, cela ne vous dit rien ?
JULES - Rien . (Le Titan fronce les sourcils.) C’est à dire que... oui, j’ai entendu parler de cette banque, c’est une banque suisse, très sérieuse...
LE TITAN - Et  M. de Frossard... Sa chemise ne vous a pas étonné ?
JULES - Je ne connais pas ce monsieur ...
LE TITAN - Comme c’est curieux ! En effet, lui vous connaît . Il prétend même qu’il vous a rencontré hier dans la chambre de M. Durimel, vers vingt et une heures.
JULES, troublé . - M. le commissaire, c’est vrai que je l’ai croisé,  mais je vous assure, j’ignorais son nom,  et pour ce qui est de sa chemise,  ma foi ! en ces temps de festival, elle ne m’a pas sauté aux yeux...
LE TITAN - M. de Frossard a déclaré... (Il consulte une fiche.) il a déclaré que vous vous étiez réunis pour apurer les comptes relatifs aux travaux effectués dans la villa du cap d’Ail...
JULES - C’est cela, oui, nous avons apuré...
LE TITAN - Ensuite ?
JULES - Ensuite il est parti,  je suis resté...
LE TITAN - Pour apurer d’autres comptes .
JULES, avec un sourire reconnaissant . - Exactement .
LE TITAN - Soit . Dieu merci, un juge d’instruc-tion a été désigné pour vous aider vigoureusement, vous, Durimel, de Frossard, quelques autres sans doute, et tous vos avocats,  dans vos exercices d’apurement. Moi ce qui m’intéresse, c’est le crime. Je reviens donc en arrière . Je répète ma question : l’homme aux joues creuses, le connaissez vous ?
JULES - Non, M. le commissaire, je vous jure ...
LE TITAN - Ne jurez pas, vous avez menti pour de Frossard, comment pourrais-je vous croire ?
JULES - Je ne le connais pas .
LE TITAN - Soit . Je m’en tiens donc à ce dont nous sommes sûrs et à votre version . L’homme aux joues creuses et au nez aquilin passe vers cinq heures de l’après-midi, de Frossard vers huit heures, et vous après . Vous êtes donc le dernier à l’avoir vu vivant, à dix heures... n’est-ce pas ?
JULES - Le dernier... le dernier... non ! Le dernier, c’est l’assassin .
LE TITAN - Laissez-moi continuer, je vous prie . De dix à onze,  vous êtes  avec  mademoiselle  Lola, dans sa chambre, ce qui vous tient lieu d’alibi.
JULES - La pure vérité...
LE TITAN - Ensuite, vers minuit, on vous retrouve à la soirée de la SRF au Martinez.
JULES - Normal . Je suis coproducteur du film Le Rebondissement , avec Jimmy, de la Star Ac ...
LE TITAN - Vers une heure du matin, vous rentrez chez vous, au cap d’Antibes, où vous avez femme et enfants, mais cela ne nous intéresse plus, le crime ayant été commis avant .
JULES  - A quelle heure ? Qui l’a découvert ? On m’accuse, et on ne me dit rien .
LE TITAN - Vers minuit, le maître d’hôtel qui avait pris la commande de Durimel, et qui lui avait fourni des cigares dans le courant de l’après-midi, s’est étonné qu’il ne lui ait pas demandé de lui monter son repas froid . Avant de quitter son service, il a voulu en avoir le cœur net, il a essayé de lui téléphoner, puis il est allé toquer à sa porte...
JULES - Il l’a trouvé mort ?
LE TITAN - Poignardé, sauvagement... la poitrine ouverte par une quinzaine de coups de couteau .
JULES, très pâle. - Oh ! mon Dieu, ce pauvre Durimel... Vous croyez vraiment, commissaire, que c’est moi ?... .
LE TITAN - Monsieur, il ne s’agit pas de ce que je crois, mais  de ce que je note . Vous avez pu le tuer avant dix heures, ce qui expliquerait qu’il n’ait pas  demandé son souper . Vous avez pu le tuer après onze heures car vous n’avez pas d’alibi...
JULES - Comment cela pas d’alibi ? Je suis allé à pied de l’hôtel Meynadier, où se trouvait Lola, à l’hôtel Martinez,   où avait lieu  la  soirée SRF...  J’ai croisé des centaines, peut-être des milliers de personnes...
LE TITAN - Vous êtes un grand marcheur . Vous n’avez pas de voiture ?
JULES - Je l’avais laissée à un portier, au Martinez,  où j’ai mes entrées . Normal, venant d’Antibes. Un jour de festival, on circule plus vite à pied qu’en voiture sur la Croisette . Je n’ai mis guère plus d’un quart d’heure, pour aller du Martinez au Canberra de Durimel...
LE TITAN - Et du Canberra de Durimel au Meynadier de Lola ?
JULES - Ces hôtels sont à deux pas l’un de l’autre, commissaire .
LE TITAN - Fort bien . Reprenons dans l’autre sens . Vous quittez l’hôtel de Lola à onze heures . Une ou deux minutes après, vous passez devant l’hôtel où l’on est en train d’assassiner Durimel . Vous continuez, vous passez devant le Hilton, devant le Carlton, vous marchez pendant un quart d’heure, vous arrivez au Martinez à onze heures un quart...
JULES - Bof!...
LE TITAN - Soyons large, disons entre le quart et vingt . Comment se fait-il que votre présence ne soit attestée qu’à partir de minuit ?
JULES - Parce que vos enquêteurs ont mal fait leur boulot . Il n’ont pas interrogé assez de personnes . Continuez vos recherches . Un tel m’aura vu à minuit, tel autre à onze et demie, tel autre au quart . Et puis les festivaliers ne vivent pas le nez sur leur poignet à surveiller leur montre... Vous ne me piégerez pas  avec  vos minutages...  J’ai  lu  que vous étiez le phénix du Quai des Orfèvres, je suis bien déçu, commissaire .
LE TITAN - Quitte à vous décevoir davantage, il faut que je vous taquine maintenant sur vos fréquentations . Vous avez une jeune maîtresse que vous avez installée à Paris, que vous invitez à Cannes pour le festival, qui est votre complice comme porteuse de mallette...
JULES - Commissaire, commissaire, permettez ! Tout cela, tout ce que vous dites, sera peut être évoqué dans le cadre d’une enquête qui n’est pas la vôtre, celle qui porte sur une prétendue délinquance financière... Mais vous verrez... Mes avocats prouveront que je suis innocent dans cette affaire, et ils sauront me mettre à l’abri des dommages collatéraux dont je suis menacé, ayant femme et enfants...
LE TITAN - Monsieur le grand bavard, je vous prie de vous taire . Je reprends . Vous avez une toute jeune maîtresse .qui est votre complice . Vous la gâtez... fort bien . C’est le premier point . Mais le second, ce qu’il faut que vous m’expliquiez aussi, c’est votre générosité vis à vis de la clique qui l’accompagne .  Pourquoi offrez-vous à tous ces jeunes gens un séjour à Cannes ? Vous vous intéressez aux cités de la banlieue parisienne pour les régénérer ou pour y recruter des hommes de main ?
JULES - Monsieur le commissaire, je vous le répète,  je suis un simple témoin dans une affaire qui n’est pas celle dont vous êtes chargé . Je n’ai rien à voir avec l’assassinat qui vous a conduit ici . C’est pourquoi je ne répondrai à vos dernières questions qu’en présence de mes avocats .
LE TITAN - C’est votre droit monsieur le Bienfaiteur de la Cité des Fleurs, mais permettez-moi de vous dire que vous n’êtes pas dans de beaux draps.

Les journaux 

La semaine précédente, les quotidiens et les magazines avaient déjà accordé une large place à la garde à vue, puis à la mise en examen du député-maire Thomas Durimel-Durand . Mais depuis son assassinat, son portrait faisait la une de toutes les publications .
Il est vrai que le personnage offrait beaucoup de grain à moudre à tous nos braves meuniers de l’information .
La seule évocation de son passé politique fournissait la matière d’abondants articles . Élu très jeune député des Hauts-de-Seine, puis maire de l’une des plus grosses communes de ce département, il avait trébuché quelques années plus tard, accusé d’abus de biens sociaux .
Poursuivi, condamné, il avait, à force de démagogie, reconquis ses titres et ses fonctions  au terme d’une brève période d’inéligibilité . Pour réussir cette reconquête, il s’était heurté à de farouches adversaires, tant dans l’opposition que dans son propre parti, où celui qui l’avait provisoirement remplacé lui en voulait, disait-on, “à mort” .
D’autres ennemis étaient apparus à l’occasion des “affaires” qui lui avaient valu d’être poursuivi. On lui reprochait d’avoir beaucoup joué avec le Plan Local d’Urbanisme (PLU) . Son tout dernier projet de construction de cinq cents logement, par exemple, projet auquel collaboraient  le sieur Jules et  M.  de Frossard, avait soulevé des tollés .
Pour illustrer ses analyses, ses hypothèses et ses soupçons, la presse proposait d’éloquentes photographies. Ainsi, l’une montrait le fol enthou-siasme de la nombreuse et fidèle clientèle de Durimel le jour où il avait de nouveau gravi les marches du perron de l’Hôtel de ville après une période de bannissement . Mais une autre le présentait visitant son grandiose chantier sous les huées de ceux qui estimaient avoir été ignominieusement expropriés .
D’autres traits du personnage stimulaient l’imagination et la verve des journalistes . Il semblait établi que Thomas Durimel-Durand était un homme à femmes. A la mairie, il fondait comme un aigle sur tout ce qui portait jupon sexy ou pantalon de même tabac . Sa secrétaire et tout le personnel de son cabinet devaient leur avancement à la promotion dite canapé, mais qui aurait été mieux nommée promotion bord du bureau ou dos de la porte . Combien de jalousies cette activité relativement clandestine avait-elle pu susciter ?
Le Titan ne négligeait pas ces pistes .
Une équipe à lui poursuivait à Paris et en banlieue des investigations dans tous les domaines évoqués par les journaux .
Mais il avait l’intuition que la vérité sortirait de l’enquête qu’il conduisait à Cannes .

Du coup fourré au coup dur

Popaul et Jo, l’œil pétillant de malice, demandent à Simone et à Riton, avec une politesse surfaite, de monter dans un car de police .
Pas très loin d’eux, Toni et son Caoua sont embarqués dans une autre voiture par des policiers qu’ils n’ont jamais vus.
Nos jeunes gens savent que le commissaire Cloutan a obtenu du procureur une prolongation de la garde à vue . Mais ils ignorent quelle promenade il leur offre par dessus le marché .
Ils n’auront pas à se le demander bien longtemps. Les deux véhicules arrivent à leur camping, l’un s’arrête devant le mobile home, l’autre devant la tente située à quelques pas de là .
Ils ont compris, ils sont bons pour une perquise .
- Tant pis pour le hachisch, mais j’espère que t’as bien planqué la coke, lance de loin Toni à l’adresse de Riton .
- Ah! ah! ...
C’est plus fort que lui, il faut tout le temps qu’il en lâche une , ce gros malin . Grand con !...
Les adjoints du Titan proposent gentiment à Riton et à Simone de s’asseoir sous l’auvent pendant que les spécialistes opèrent .  Par l’ouverture de la porte, ils les voient sonder le dessous de l’évier, le frigo, les placards et, en se penchant un peu, ils aperçoivent leurs vêtements qui tombent en pluie avant de joncher le sol . Les doigts de Simone tapotent nerveusement les accoudoirs de son siège . Popaul pose une main amicale sur son bras pour l’inciter à la patience, mais elle lui jette un regard tel qu’il a tôt fait de battre en retraite . 
Devant la tente, la tâche des fouineurs devrait être facile . Ils n’ont que deux sacs à dos, assez peu chargés, à retourner et à vider... Mais c’est compter sans l’intervention de Toni . Il refuse qu’on mette le désordre  dans  ses  affaires,  qu’on  froisse  son pantalon. Ovcorse, le Titi négro braille à l’unisson. Il pousse les hauts cris quand sa chemise blanche, il n’en a qu’une, tombe sur le sable...
Il en faudrait davantage pour perturber les hommes chargés de la perquisition . L’un d’eux est resté sous la toile .
Soudain, il en sort, triomphant, avec une superbe mallette au bout de son bras tendu .
Riton et Bamboula se taisent, tête basse, foudroyés, les secoueurs de sacs cessent de secouer, l’équipe chargée du mobile home rejoint celle qui détient le trophée, Simone, Riton et leurs gardiens suivent . Coup d’œil à l’intérieur de la tente . Le tapis de sol vient d’être soulevé . Près d’un trou assez profond,  il reste un sac de plastique : il n’est besoin d’aucune explication pour comprendre ce qu’était la géniale cachette  de Toni le Cador.
Celui qui a trouvé la mallette l’ouvre sans peine, la clé étant attachée à la poignée . Ah! les beaux billets !...
- Dans les cinquante mille, commente le découvreur, qui semble s’y connaître ..
Riton et Toni échangent un regard .
- Sale coup fourré... grogne le mastard .
- Dis plutôt  coup dur, mec .
Et Bamboula de conclure, sans beaucoup d’origi-nalité,  mais pour ajouter son grain de sel :
- Riton a raison, Toni : c’est un coup dur .










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